Investir dans la transition énergétique : une évidence

« La transition énergétique n’est plus un objectif lointain. Elle est en marche, et rien ne pourra l’arrêter », affirme Sonja de Ruiter. Malgré une part encore importante des capitaux institutionnels allouée aux énergies fossiles, l’obsolescence de ce modèle est inévitable. « Aucun investisseur ne souhaite se retrouver avec des actifs échoués dans son portefeuille. Augmenter les investissements dans les énergies renouvelables – qu’il s’agisse de production ou de stockage par batteries – est une réponse logique. C’est un secteur porteur, offrant à la fois rendement et impact. »

L’incertitude politique et économique américaine : un impact limité

Comment naviguer dans un contexte aussi incertain, notamment aux États-Unis, tant sur le plan politique que financier ?

 « Nos fonds se concentrent principalement sur l’Europe. Le fonds Triodos Energy Transition Europe investit dans des projets concrets d’énergie durable, en euros, via des fonds propres ou de la dette privée. Ce positionnement réduit considérablement notre exposition aux risques géopolitiques et monétaires. Les droits de douane, par exemple, affectent surtout les multinationales, qui ne font pas partie de notre univers d’investissement. »

De plus, la nature privée de ces investissements – en dehors des marchés cotés – permet de s’affranchir en grande partie de la volatilité financière, ce qui correspond à l’horizon long terme des investisseurs institutionnels.

Congestion du réseau : un défi, mais surtout une opportunité

La congestion du réseau est souvent perçue comme un obstacle majeur à la transition énergétique. Pourtant, Sonja de Ruiter y voit avant tout un signe de progrès :

 « Cela signifie que nous produisons aujourd’hui plus d’électricité verte que le réseau ne peut en absorber. Plutôt que de freiner cette dynamique, il faut investir dans les infrastructures : batteries, réseaux intelligents, réseaux de chaleur, solutions locales de gestion énergétique. Ce sont des leviers d’investissement avec un fort potentiel de rendement et un impact sociétal direct. »

 

Privilégier les technologies éprouvées, tout en innovant sur le modèle économique

Comment éviter les écueils liés aux nouvelles technologies trop risquées ?

 « Nous misons uniquement sur des solutions matures, éprouvées, évolutives et finançables. Les panneaux solaires, les éoliennes, le stockage sur batterie répondent à ces critères, avec des modèles de rentabilité clairs. Par exemple, les batteries bénéficient souvent de contrats à long terme avec des fournisseurs d’électricité, ce qui sécurise les flux de revenus. »

Mais l’innovation ne réside pas toujours dans la technologie elle-même : « Le véritable levier d’impact, c’est souvent le modèle économique. Comment garantir des revenus stables dans un marché en évolution rapide ? C’est là que notre expertise du secteur, nos analyses de risques et nos outils d’évaluation d’impact prennent toute leur valeur. »

Vers une énergie plus locale et plus résiliente

La transition énergétique va de pair avec une décentralisation croissante du système :

 « On passe d’un modèle centralisé à une production locale, proche des utilisateurs. Cela permet d’alléger la pression sur le réseau et de gagner en efficacité. Les coopératives citoyennes, les entreprises qui stockent ou produisent sur place : ce sont des solutions robustes qui renforcent la résilience des territoires et leur indépendance énergétique. »

L’indépendance énergétique, nouveau moteur de la transition

Depuis la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine, l’indépendance énergétique s’est imposée comme un impératif stratégique.

 « Si la transition visait initialement à lutter contre le changement climatique, elle est aujourd’hui aussi motivée par la stabilité géopolitique et la maîtrise des prix. L’Europe a pris conscience de sa vulnérabilité énergétique. Il est urgent d’en tirer les conséquences. »

Pourquoi investir maintenant ?

« Nous sommes à un moment charnière. Ce n’est pas le moment de ralentir ou de revenir à des modèles dépassés. Il faut au contraire accélérer les investissements dans des solutions durables, rentables et porteuses d’avenir. La transition énergétique est désormais au croisement de plusieurs enjeux majeurs : environnement, sécurité, compétitivité économique. Il ne s’agit plus d’un choix, mais d’une nécessité. »